Photovoltaïque : les nouveaux tarifs de rachat remettent-ils en cause les objectifs de la filière ?
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Le 14 janvier dernier, la presse annonçait que l’Etat avait « désamorcé » la bombe des tarifs de rachat du photovoltaïque. En effet, le super tarif de rachat des installations intégrées au bâti est passé à 58c€/kWh et n’est plus disponible pour les installations agricoles et les centres commerciaux : seuls les particuliers, les écoles et les hôpitaux pourront en profiter. |
Dans ce contexte de bouleversement des prix, le photovoltaïque peut-il toujours être considéré comme l’eldorado des investisseurs en France ? Les objectifs d’accroissement du parc photovoltaïque français sont-ils toujours d’actualité ? Sia Conseil s’est intéressé à la rentabilité du secteur et aux défis environnementaux du photovoltaïque afin de répondre à ces questions.
Le solaire en France : tarifs de rachat à toute épreuve pour objectifs ambitieux
Les engagements du Grenelle Environnement prévoient que d’ici 2020, 1% de l’énergie électrique consommée devra être d’origine photovoltaïque, soit environ 6 TWh, ce qui correspond à 4 fois la consommation électrique de la ville de Nice. Pour cela, environ 5 400 MWc de panneaux devront être installés. Ces objectifs sont d’autant plus louables que la France accuse un certain retard par rapport à l’Allemagne et l’Espagne qui disposent respectivement de 5 300 MWc et de 3 200 MWc installés pour décarboner leur électricité1 . Pourtant, ces engagements peuvent paraître inatteignables sachant que la France ne disposait en 2007 que d’une puissance de 70 MWc raccordés au réseau et qu’il reste encore aujourd’hui 5 000 MWc à pourvoir pour atteindre la cible.
Ainsi, pour rattraper nos voisins européens, l’Etat a envoyé un signal fort aux investisseurs : tout kWh d’électricité photovoltaïque produit et injecté sur le réseau d’une installation intégrée au bâti était alors racheté par EDF à 60c€, soit 6 fois le prix du kWh fourni aux particuliers. Pour donner de la visibilité, ces tarifs sont garantis pendant 20 ans ce qui assure une rentabilité élevée de l’investissement. De plus, le fait que les installations doivent être intégrées au bâti permet de faire d’une pierre deux coups : les investisseurs, obligés de refaire les toits, peuvent en profiter pour améliorer l’isolation, et donc la performance énergétique du bâtiment.
Les demandes de raccordement en attente laissent penser que les objectifs ambitieux seront atteints. L’incitation était efficace et les investissements ont suivi : la puissance installée a quasiment triplé de 2008 à 2009. Entre autres, pour les particuliers, Sia Conseil a calculé sur le graphique ci-dessous que le retour sur investissement était bien supérieur à 10% (hors effet de levier financier).

Délai de retour sur investissement pour une installation chez un particulier avec les anciens tarifs de rachat (3kWc intégré au bâti)
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Source : Sia Conseil
Suivant le même modèle élaboré par Sia Conseil, les fermes photovoltaïques et les centrales de taille moyenne, généralement construites par des fournisseurs alternatifs, étaient aussi rentables avec des retours sur investissements atteignant pour les meilleurs un peu moins de 10%. Mais avec les changements de réglementation du mois dernier, ces investissements sont-ils toujours profitables ?
La nouvelle réglementation de janvier 2010 : quelles conséquences ?
Entre novembre et décembre 2009, plus de 3 000 demandes quotidiennes d’éligibilité au tarif de rachat ont été reçues par EDF et ERDF. Certaines étaient, comme l’a indiqué Jean-Louis Borloo, dans les Echos, plus que douteuses : des constructions d’ombrières de parking inoccupés ou la transformation de champs agricoles en hangars avaient pour seul objectif de profiter des tarifs de rachat avantageux, détournant ainsi la réglementation de son véritable objectif. Pour éviter les effets pernicieux des tarifs de rachat, les ajustements suivants ont été décidés :
- Ne seront éligibles pour la prime de rachat à 58c€/kWh, si l’installation est intégrée au bâti, que les particuliers, les écoles et les hôpitaux. La prime de rachat est fixée à 50c€/kWh pour les autres installations, à condition que la puissance installée ne dépasse pas 3kWc.
- Les fermes photovoltaïques au sol resteront rentables avec un retour sur investissement autour de 8%. De plus, pour mieux répartir les fermes sur le territoire et éviter de les concentrer dans le sud, le tarif de rachat de l’énergie au kWh dépendra de la région : le kWh de photovoltaïque sera donc racheté plus cher dans le nord (car moins ensoleillé) pour inciter les investisseurs à y construire des fermes. Ce point témoigne d’une volonté de l’Etat de continuer à envoyer un signal prix aux investisseurs afin de développer l’énergie photovoltaïque sur l’ensemble du territoire et non pas uniquement dans le sud de la France, où jusqu’à présent se concentrait l’ensemble de la production.
- Les centrales solaires de taille moyenne (de 10 à 100 kWc) verront leur rentabilité chuter à un niveau ne les rendant plus attractives. Ce type de centrale était en majeure partie l’origine de la spéculation qui visait à transformer certains bâtiments, agricoles ou commerciaux, surdimensionnés en taille, en « machine à cash » photovoltaïque.
En marge de cela, les tarifs de rachat seront dégressifs de 10% par an à partir de 2012 pour garantir la parité réseau2 d’ici 2020 et ne pas pénaliser le portefeuille des consommateurs sur le long terme3. Par ailleurs, et c’est une première mondiale, un tarif de surimposition à 42c€/kWh voit le jour pour les installations photovoltaïques installées sur un toit mais non intégrées au bâti.
Comme le montrent les schémas ci-dessous, le photovoltaïque est donc toujours rentable pour les projets qui sont légitimes :

Délai de retour sur investissement pour une installation chez un particulier avec les anciens et les nouveaux tarifs de rachat (3kWc intégré au bâti)
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Source : Sia Conseil

Délai de retour sur investissement pour une ferme solaire avec les anciens et les nouveaux tarifs de rachat (5kWc au sol)
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Source : Sia Conseil
La décision d’intervenir sur les tarifs de rachat est donc louable : l’Etat a produit un signal prix qui garantit la tenue des objectifs environnementaux et le développement de cette nouvelle technologie tout en mettant fin aux spéculations qui détournaient l’esprit de la réglementation. Il reste néanmoins à établir quel sera l’avenir du photovoltaïque à l’arrivée de la parité réseau et si la France pourra profiter de la deuxième génération de solaire à couche mince pour se positionner en tant que challenger du secteur.
Cet article a également été publié sur La Chaîne énergie de l’expansion
Notes :
(1) L’électricité est déjà très peu carbonée en France grâce aux parcs nucléaires et hydrauliques.
(2) On dit qu’une énergie arrive à parité réseau lorsque son coût de production est égal au prix de l’électricité pour les consommateurs.
(3) Les obligations de rachat sont aujourd’hui payées par la CSPE, entièrement financée par une partie du prix de l’électricité payée par les consommateurs
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2 Commentaires »
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18 février 2010
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Merci pour ce très bon article qui lève les interrogations sur la rentabilité des installations. Comme vous l’indiquez, le problème de la parité réseau reste néanmoins entier.
Pareil : merci pour cette analyse, qui m’aide beaucoup dans la recherche d’infos pour mes études
!