34€ le MWh : le coup de bluff ?

Signaux brouillés sur les futurs prix de l’électricité hier : tandis que Les Echos révélaient qu’un accord avait été trouvé entre EDF et les fournisseurs alternatifs autour d’un prix de 34 euros le MWh, l’UFE a démenti. Dans cet article, paru le 23 octobre 2009 dans l’Usine Nouvelle, Stéphane Meunier réagit à cette annonce.

Le 15 septembre, les services du Premier ministre annonçaient l’application dès 2010 des recommandations du rapport Champsaur. Si l’embouteillage législatif rend difficile une application avant 2011, le secteur de l’énergie accélère ses négociations, au point que Les Echos révélaient hier un accord entre EDF et ses concurrents sur la réforme prévue du marché de l’électricité. Et en particulier, sur un tarif de 34 euros le MWh.

QUEL PRIX DU NUCLÉAIRE DE BASE

Afin d’ouvrir le marché, le rapport Champsaur préconise en effet de mettre fin aux tarifs réglementés d’EDF pour les entreprises (jaune et vert) ainsi qu’au Tartam (tarif transitoire réservé aux clients professionnels qui avaient fait le choix du marché et souhaitent revenir au tarif réglementé). Des tarifs considérés par la Commission européenne comme une aide d’Etat. Du fait de cette ouverture, EDF devra réserver à ses nouveaux concurrents (Powéo, Direct Energie, GDF Suez…) la possibilité d’acheter au prorata de leur portefeuille client une partie du courant produit par l’opérateur historique, au coût avantageux du nucléaire.

Ce sur quoi travaille aujourd’hui l’Union française de l’électricité (UFE), c’est ni plus ni moins que la suite du rapport Champsaur. Et la question que tout le monde se pose, c’est le prix qui sera proposé pour l’accès régulé de Powéo, GDF Suez et autres fournisseurs alternatifs à la production de base d’EDF. « 34 euros, on le voit de temps en temps », réagit Stéphane Meunier du cabinet Energies Sia Conseil, interrogé par l’Usine Nouvelle.com. « Reste que le prix officiel selon l’UFE, c’est le prix de la base hors transport dans le Tartam, évoqué à la fin du rapport Champsaur » souligne-t-il. Soit 43 et 44 euros.

La réaction de l’UFE ne s’est pas fait attendre hier. « L’UFE dément les informations rapportées ce jour par le journal Les Echos selon lesquels un accord serait intervenu au sein de la profession sur un niveau de prix pour la cession d’énergie nucléaire par EDF à ses concurrents. Définir un niveau de prix ne relève d’ailleurs ni de sa compétence ni de sa responsabilité » rétorque aussi sec l’organisation. Quid des 34 euros ? Coup de bluff de la part de fournisseurs alternatifs, pour tirer les prix en négociation vers le bas ? Volte-face d’EDF ?

« Le véritable enjeu est de définir des tarifs qui intègrent des signaux d’investissement pour les futurs EPR afin de répondre à la demande d’électricité, et viendront renouveler le parc existant », martèle Stéphane Meunier. « On a tendance à raisonner comme si le parc français était éternel. Il faut intégrer le renouvellement de l’actif industriel dans le calcul de prix ! » ajoute-t-il. « Aujourd’hui, donner un prix à l’EPR est difficile : il est encore en phase expérimentale, qui comporte des aléas. S’agit-il de 54 euros le MWh ? De 46 euros ? Seul l’exploitant pourra le dire. »

Par ailleurs, si l’on se réfère au tarif jaune et vert pour les PME-PMI, hors transport, ce dernier s’élève à 40-50 le MWh pour la commercialisation d’une production mêlant la base, la semi-pointe et la pointe (le transport s’ajoute à ce tarif et représente 30% à 40% de la facture des industriels). Difficile dès lors de faire la part du coût du thermique et du nucléaire. Peu aisé, donc, de retomber sur les 34 euros évoqués… D’autant que les tarifs sont définis par le ministère de l’industrie, plutôt en fonction du pouvoir d’achat des Français que d’un véritable coût.

QUEL COÛT CARBONE

Enfin, « ces prix n’intègrent pas le coût des quotas de CO2 », rappelle Stéphane Meunier. Toute la profession semble d’accord pour augmenter les prix progressivement et arriver à des prix de marché intégrant ce coût carbone. Reste à s’accorder sur le prix de 2010 ou 2011. « Les discussions engagées au sein de la profession concernant la mise en oeuvre du rapport Champsaur visent à faire des propositions pour créer les conditions du développement de la concurrence, en respectant les fondamentaux économiques du secteur pour créer un cadre favorable aux investissements et permettre la mise en oeuvre effective des orientations du Grenelle de l’environnement », se borne à rappeler l’UFE. « Si l’on veut faire diminuer la consommation, il faut que les consommateurs paient le vrai prix », avance Stéphane Meunier. Une seule chose semble aujourd’hui certaine : lorsque les tarifs réglementés prendront fin, les prix français du très compétitif parc nucléaire rejoindront les prix allemands du charbon. Et la facture sera salée pour l’Hexagone.

Usine Nouvelle - 23 octobre 2009

Lire l’article sur le site de l’Usine Nouvelle

Articles dans : Electricité, Nucléaire, Sia Conseil dans la presse

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