Voiture électrique : un nouveau monde à inventer

mondial.bmp Aujourd’hui, c’est le monde des raffineries, des stations services, des camions citernes, de l’odeur d’essence. Demain, quel monde environnera la voiture électrique ? L’avènement de la voiture électrique ne signifie pas seulement l’apparition d’un nouveau véhicule. Ce produit lui-même n’est pas très difficile à fabriquer. Les constructeurs vont d’ailleurs y parvenir avec des calendriers

assez précis : au Japon en 2010, en Europe vers 2011-2012. Mais on est clairement dans une innovation sociétale, pas seulement technologique.

Il faut mettre en place des réseaux et des nouveaux opérateurs qui géreront les parcs de véhicules et de batteries. Donc tout un nouvel éco-système. Nous avons aujourd’hui des stations à essence, des norias de camions citernes, des garagistes, une expérience sur 120 ans pour le moteur à explosion, tout un système qui ne s’est pas mis en place du jour au lendemain. Il faut tester le nouveau sur plusieurs années, et il y aura des échecs, des erreurs. Mais on a tout un monde à inventer.

Quel est-il ? D’abord régler la question de l’autonomie. Avec 40 litres d’essence, une voiture thermique a cinq fois plus d’autonomie qu’une tout-électrique. Un seul chiffre : une voiture moderne à batterie ion-lithium, bien équipée, transporte en énergie l’équivalent de 8 à 10 litres d’essence. Par rapport aux meilleures voitures thermiques, c’est 200 km d’autonomie.

Une première idée est de séparer la propriété de la voiture et de la batterie. C’est-à-dire de fournir la voiture sans le pack batterie, qui est loué. On peut aussi prévoir des stations de recharge des batteries. Quelles que soient les solutions, il va falloir que quelqu’un vende ou loue les batteries, gère les stocks, les renouvelle. Ce sont des tâches nouvelles, qui impliquent des intermédiaires et des opérateurs, donc des financements. Je pense à des prestataires de services, type Better Place1. C’est une inconnue en matière de coûts, mais n’oublions pas les coûts actuels : la livraison des carburant liquides n’est pas très simple et bon marché.

Quel coût pour l’utilisateur ? En tant que carburant, l’électricité est bien plus compétitive que l’essence. Par contre, il faut rajouter la location des batteries. Selon Renault, qui est avancé dans ce domaine, le coût global de possession d’une voiture électrique (comprenant achat ou location de la voiture, location du pack batterie, et achat de l’électricité, pour un kilométrage moyen de 10.000 km par an) devrait avoir pour objectif d’être égal à une voiture diesel équivalente.

Quel coût pour la collectivité qui doit accroître la production électrique ? Nous avons estimé, pour la décennie 2010, qu’un parc de 1 à 1,2 millions de voitures électriques représente une tranche de centrale nucléaire de type EPR, soit 1 500 MW. L’origine ne sera pas forcément nucléaire, mais l’intérêt en France, c’est qu’on a cette grande part d’électricité qui est sans rejet de CO2.

Prenons aussi en compte un avantage immatériel : le véhicule électrique est très agréable à conduire: souplesse à bas régime, boîte automatique, silence total. C’est une toute nouvelle expérience de conduite. Le pari des constructeurs, c’est donc à coût global équivalent, une nouvelle qualité de conduite. Avec en prime un plaisir écologique : la voiture électrique ne pollue pas là ou elle est utilisée…

Pour mettre en place ce nouvel éco-système, de bons vecteurs de pénétration du véhicule électrique seront les grandes flottes (type La Poste) et également les loueurs de véhicules, qu’il s’agisse des sociétés classiques ou des nouvelles compagnies qui s’impliquent dans l’auto-partage. Car partager la voiture fait aussi partie du nouveau système sociétal2.

Jean-Pierre Corniou, Directeur Général Adjoint de Sia Conseil et ancien membre du Comité de Direction de Renault

Notes :
(1) Voir l’article “Better Place va vendre du kilomètre électrique au détail” sur la chaîne Énergie de l’Expansion.
(2) Voir le dossier “Partager sa voiture ?” sur la chaîne Énergie de l’Expansion.

Articles dans : Articles, Automobile, Electricité

4 Commentaires to “Voiture électrique : un nouveau monde à inventer”

  1. DOREMIEUX dit :

    Une troisième idée libérant la voiture électrique de sa limite de 160 km serait de trouver un moyen de recharger la batterie en ligne, tout en roulant un peu comme les trains avec des caténaires ou comme les auto-tamponneuses avec leur grillage.

    Il faudrait alors prévoir des lignes électriques installées au milieu de deux bandes de roulement centrales sur certaines autoroutes dont la partie droite resterait à usage traditionnel et que ceux qui chargent roulent à la même vitesse (120 km/h ?).

    Prévoir aussi une tige de branchement facilement rétractable. Les électriciens de RFF seraient bien utiles sur ce projet.

  2. jaminet dit :

    Ca existe déjà et ca s’appelle le train; il y en a même qui filent à 300 km/h.

  3. fulgence jim dit :

    Bonjour, j’ai une idée par rapport à la voiture électrique : je me demandais pourquoi ne pas installer à la place d’un toit traditionnel de voiture un toit photovoltaïque. Je voulais savoir si cette idée et stupide ou constructive.

  4. Jean-Pierre Corniou dit :

    Jim a parfaitement raison… C’est une solution intéressante qui complète l’alimentation en énergie électrique du véhicule. Certains constructeurs y ont recours sur leurs véhicules conventionnels. Ainsi Audi équipe en option certains véhicules d’un toit photovoltaïque qui permet le fonctionnement du ventilateur dans l’habitacle lorsque le véhicule est en stationnement au soleil.
    Les cellules photovoltaïques pourront contribuer à recharger les batteries ou les accessoires. C’est une solution présente sur plusieurs démonstrateurs ou prototypes, comme la Blue Car de Bolloré ou Zoé de Renault. La Prius 3 peut également être livrée en option avec un toit phovoltaïque dédié à la climatisation.
    La créativité et l’imagination vont pouvoir largement se débrider dans les prochaines années pour faire vraiment bouger l’image de l’automobile depuis longtemps figée…

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