Le marché de l’éco-efficacité énergétique
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L’éco-efficacité se définit par la livraison à prix compétitifs de biens ou de services tout en réduisant progressivement les répercussions sur l’environnement et l’exploitation des ressources naturelles pendant le cycle de vie. Cette définition est souvent appliquée à l’énergie. Il s’agit alors de proposer des moyens d’améliorer et de maîtriser la production et l’utilisation de l’énergie tout au long du cycle de vie des produits : c’est l’éco-efficacité énergétique. |
Cette notion est cruciale car, jusqu’à aujourd’hui, la consommation d’énergie croît en même temps que les populations et les économies : ce modèle n’est pas durable. Les efforts en matière d’éco-efficacité énergétique visent à résoudre la contradiction actuelle entre développement économique et baisse de l’impact sur l’environnement. En particulier, la lutte contre le réchauffement climatique, priorité des pays industrialisés, passe par la réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui sont directement liées à l’utilisation des énergies fossiles et donc à la consommation d’énergie.
Des premiers résultats encourageants mais inégaux entre les pays
Les études de l’Ademe relèvent une augmentation annuelle de 1,6% de l’efficacité énergétique mondiale depuis 1990, portée par la progression de la Chine (7,5% par an entre 1990 et 2000). En 2006, les émissions de CO2 ont été moins importantes que prévues : 10 milliards de tonnes équivalent pétrole en moins, dont 4,4 milliards sont attribuées à l’amélioration de l’efficacité énergétique mondiale. Si près de 2/3 des pays participent à cette performance énergétique mondiale, ce sont les pays les moins économes et à forte croissance économique comme la Chine et les Etats-Unis (1,9% par an depuis 1990) qui ont le plus progressé. Il existe d’ailleurs de fortes inégalités entre les pays.
L’Europe a la meilleure intensité énergétique et continue de progresser de 0,8% par an depuis 1990. Ainsi, par unité de produit intérieur brut, l’Europe consomme 30% d’énergie en moins que les Etats-Unis et 40% de moins que la Chine. Son intensité énergétique est également plus faible que celle des pays émergents et des pays en voie de développement de manière générale. Le graphique ci-dessous compare les intensités énergétiques des différentes zones mondiales : plus l’efficacité énergétique est élevée, plus l’intensité énergétique est basse.
Il existe également des écarts notables au sein même de l’Union Européenne, avec un facteur 3 entre les deux extrêmes, le Royaume Uni et la Bulgarie :
Dans l’Europe des 25, la France se place en 6ème position. Cependant, l’efficacité énergétique française diffère selon les secteurs. Le transport représente 31% de la consommation finale d’énergie, mais la France est leader en matière d’efficacité énergétique dans ce secteur grâce aux efforts fournis par l’industrie automobile1. En revanche, la France a pris du retard dans le secteur du logement. Un ménage français consomme près de 30% de plus d’énergie par logement que ceux des pays les plus performants comme les Pays-Bas. Pour le chauffage, la consommation par m² corrigée du climat est en France plus du double de celle de la Norvège. Ceci explique la priorité donnée au secteur du bâtiment dans le Grenelle de l’Environnement :
- normes pour la construction de bâtiments
- obligations lors des rénovations et des réhabilitations de bâtiments
- incitations fiscales
- information2 et sensibilisation
Les entreprises commencent à prendre l’initiative
Les entreprises représentent 22% de la consommation finale d’énergie en France. Elles ont donc un rôle déterminant à jouer dans la recherche d’éco-efficacité énergétique. Une véritable stratégie intra–entreprise doit être développée et peut s’appuyer sur les trois points suivants :
- identifier les pôles de sur-consommation
- se situer à travers des indicateurs de performance énergétique
- intégrer les bonnes pratiques dans les processus de gestion
L’exemplarité des entreprises leur assure une image positive et responsable. De plus, elle sensibilise les clients, les salariés et les partenaires aux nécessaires changements de comportement vis-à-vis de l’énergie. Certaines sociétés ont d’ailleurs pris les devants en menant de véritables projets d’éco-efficacité énergétique qui vont au-delà des réglementations.
A commencer par General Electric, qui a lancé en mai 2005 le programme « Ecomagination », initiative stratégique dont l’objectif est de développer des solutions innovantes et reconnues pour leur efficacité énergétique. D’après leur rapport annuel, le portefeuille « Ecomagination » est passé de 17 produits à plus de 60 entre 2005 et aujourd’hui. En 2007, les investissements dans la recherche de technologies propres s’élèvent à plus de 1 milliard de $.
Citons également Fujitsu Siemens Computers, qui a placé l’efficacité énergétique au cœur de sa stratégie, ayant pris en considération que les équipements informatiques étaient responsables d’au moins 2% des émissions de CO2 mondiales. Dès 1993, le groupe s’est vu remettre la certification Blue Angel pour ses PC, tandis que les autres entreprises se sont uniquement engagées à respecter la directive européenne EuP (European Energy using Products) 2005/32/EC, entrée en vigueur en juillet 2007.
Les énergéticiens, via le développement de partenariats avec d’autres entreprises ou fédérations, s’inscrivent également dans une démarche d’éco-efficacité énergétique. EDF, par exemple a développé de nombreux partenariats3 pour favoriser l’éco-efficacité énergétique et former les artisans (notamment ceux du bâtiment) dans ce domaine.
Le secteur de la distribution a également franchi un cap en octobre 2008 : douze enseignes de la distribution, onze enseignes du bricolage, EDF, l’Ademe, l’organisme Récylum, la Fédération des Magasins de bricolage (FMB) et la Fédération des entreprises du Commerce et de la distribution (FCD) ont signé une convention visant à éliminer définitivement en 2010 les ampoules à incandescence, ce qui accélèrera leur remplacement par des ampoules à économie d’énergie. Cette première réussite pourrait constituer une base pour développer rapidement d’autres démarches équivalentes sur des produits différents.
Cependant, en parallèle de ces initiatives, on assiste à la dérive du «green washing»4. Cette tactique crée une confusion dans l’esprit des consommateurs. Plus grave, elle est contre-productive : en décrédibilisant toute communication sur les aspects environnementaux, elle freine les initiatives concrètes que les entreprises lancent en général pour communiquer ensuite sur leur exemplarité.
En cette période de récession, la lutte contre le réchauffement climatique risque de devenir moins prioritaire, sauf si elle permet de réduire aussi les coûts. D’après une étude menée par «The Economist» auprès de 538 dirigeants de grands groupes du monde entier sur leurs attentes à l’égard du sommet de Copenhague de décembre prochain qui doit définir l’après Kyoto, 73% des entreprises font de l’amélioration de l’efficacité énergétique une priorité pour les deux prochaines années. Et pour cause : ils comptent ainsi réduire leur facture énergétique. Mais les efforts doivent s’intensifier, car en période de croissance économique, les émissions continuent d’augmenter chaque année5.
Notes :
(1) Les voitures françaises mises sur le marché sont peu gourmandes en carburant : elles consomment 1 litre de moins pour 100km que les voitures allemandes.
(2) A noter la création d’une plaquette d’information sur les économies d’énergie dans le bâtiment, élaborée en avril 2008 par la DGUHC, et qui présente l’ensemble des dispositifs pour améliorer la performance énergétique des bâtiments.
(3) Notamment avec la Fédération Française du Bâtiment (FFB), avec la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB) et avec la Fédération des Entreprises Publiques Locales (FedEpl).
(4) Le terme «greenwashing» désigne le procédé marketing utilisé surtout par les entreprises pour se donner une image écologique sans que de réelles actions en faveur de l’environnement n’aient été entreprises, parfois à la limite de la publicité mensongère.
(5) La vitesse à laquelle progressent les émissions est préoccupante : « entre 2000 et 2007, les émissions ont crû en moyenne de 3,5% par an, soit quatre fois plus vite qu’entre 1990 et 2000 (0,9%) », explique Corinne Le Quéré, membre du GCP (Global Carbon Project), citée par Le Monde. A titre de comparaison, le pire scénario du GIEC prévoit seulement une augmentation de 2,7% par an.
Sources :
http://www2.ademe.fr
http://www.developpement-durable.gouv.fr
http://www.logement.gouv.fr
http://www.greenunivers.com
http://www.enerzine.com








Abonnement
Le problème de certaines initiatives menées dans tel ou tel secteur d’activité, c’est l’absence de réflexion d’ensemble sur le problème.
Ainsi, dans le cas de la suppression des lampes à incandescence, deux aspects au moins n’ont pas été pris en compte :
1/ La plupart des lampes à “basse énergie” nécessitent un temps de “chauffage” important avant de donner une luminosité maximale. Elles ne sont donc pas adaptées dans les locaux où l’on ne séjourne pas (couloirs, toilettes). La conséquence de l’adoption de ces nouvelles lampes, c’est d’inciter à laisser les lampes allumées en permanence. Il n’est pas certain que le bilan énergétique soit positif. Si l’on tient compte de l’investissement de départ, le bilan est très mauvais.
2/ Les lampes à basse énérgie sont des usines à radiations. L’impact sur la santé (vue, cancers etc.) a-t-il été pris en compte ?
Plus citoyen que d’imposer au consommateur un certain type de conduite, il conviendrait de lui prouver que cette conduite est bénéfique.