Interview de Yannick Gueugnon, Directeur d’ENVAC France
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Le 20 Mars 2009, nous nous sommes rendus dans le quartier d’affaires de la Défense afin de rencontrer Yannick GUEUGNON, Directeur Général d’ENVAC France, filiale du Groupe suédois ENVAC, leader des réseaux de collecte pneumatique des déchets. La collecte pneumatique, qui s’appuie sur des infrastructures de transport des déchets par réseau sous terrains, est une alternative à la collecte traditionnelle par camions poubelle. |
Cet entretien fut l’occasion de faire un point global sur les réseaux de collecte pneumatique, de discuter de l’état de leur développement à l’international et d’évoquer leurs perspectives de développement en France.

Source : www.envac.fr
Sia Conseil : Pourriez-vous nous présenter la société ENVAC en quelques mots ?
Yannick Gueugnon : La société ENVAC s’est développée en Suède dans les années 60, tout d’abord en introduisant des réseaux pneumatiques pour la collecte de déchets ménagers dans les hôpitaux. A partir de 1967, des quartiers résidentiels ont commencé à être équipés de tels réseaux pour la collecte des ordures ménagères.
A partir des années 70, ENVAC démarre son développement à l’international. En particulier, ce système a été adopté dans le projet d’urbanisation de la ville de Munich lors des jeux olympiques de 1972. Cela a lancé le développement d’ENVAC en Allemagne jusqu’à l’introduction de la collecte sélective. Envac n’a pas su, à l’époque, répondre aux besoins introduits par la mise en place du tri sélectif. Ceci a eu pour conséquence de bloquer l’expansion de l’activité en Allemagne, qui était alors le marché le plus captif (le système ENVAC permet aujourd’hui de mettre en place le tri).
En 1992, suite à une visite du site Olympique de Munich, réputé pour être précurseur en terme de vision urbanistique, la ville de Barcelone décide de doter le village Olympique d’un réseau de collecte pneumatique. La mise en place de ce réseau ne s’inscrivait pas dans un projet d’optimisation de la gestion des déchets, mais autour d’une vision globale de l’urbanisation du quartier olympique. Le succès de cette installation a lancé le développement d’ENVAC en Espagne. Actuellement, une soixantaine d’installations fonctionnement dans la péninsule Ibérique. Il s’agit aussi bien de quartiers historiques (Séville, Barcelone, …) que de quartiers nouveaux.
Aujourd’hui, ENVAC poursuit son développement, en particulier au Moyen-Orient et en Asie, mais aussi en Europe. Le système va être installé dans le nouveau quartier de Wembley, pour collecter les ordures ménagères de 4200 foyers. En France, l’éco-quartier des Batignolles compte s’équiper d’un tel réseau, tout comme les communes des Lilas et de Romainville.
Les réseaux de collecte pneumatique
Sia Conseil : Les réseaux de collecte pneumatique sont présents dans de nombreux pays Européens, mais pas réellement en France. Quels sont les freins au développement de ces réseaux en France ?
Yannick Gueugnon : Il existe deux installations en France : le réseau du village Olympique à Grenoble, qui a été installé en 1968, et l’hôpital Lapeyronnie de Montpellier pour la collecte des déchets et du linge sale.
Le réseau de la ville de Grenoble a souvent été cité en exemple. Ceci a beaucoup nuit à l’acceptation du système car ce dernier a subit quelques dysfonctionnements. Ces dysfonctionnements ne sont pas inhérents au système lui-même mais proviennent principalement d’un manque d’entretien pendant plus de 40 ans de service.
A Montpellier, le réseau de collecte a été très bien accueilli si bien que l’hôpital de la ville a chargé ENVAC de sa rénovation il ya deux ans.
Les principaux freins au développement des réseaux en France sont :
- L’importance des projets et l’investissement de départ.
- des freins psychologiques liés à l’idée qu’installer un réseau de ce type détruit les emplois de ripeurs. Pourtant, la mise en place de ces réseaux créé des emplois. En Suède, ce sont les syndicats qui ont fait pression pour le développement des réseaux de collecte pneumatique, afin de réduire la pénibilité des métiers de collecte des déchets.
- La mise en place de réseaux pneumatiques intervient souvent dans des projets immobiliers. Or, il n’y avait pas de projets d’envergure importante en France dans les années 90. Actuellement, des projets d’envergure ont été lancés dans la plupart des grandes villes françaises.
Sia Conseil : Les investissements à réaliser pour la mise en place d’un réseau de collecte pneumatique sont considérables : on parle de 12 millions d’euros pour un quartier de 8 000 habitants sur Paris. Comment justifiez-vous financièrement de tels investissements auprès de vos clients ?
Yannick Gueugnon : Ce coût de mise en place d’un réseau correspond à environ 4 000 euros par logement. Sur les projets que nous avons pu étudier, ce coût était généralement compris entre 2500 et 4500 € par logement suivant la nature des projets. Cela représente un certain investissement, surtout si on le compare avec les investissements liés à la collecte traditionnelle.
Cependant, il faut voir les projets de mise en place des réseaux de collecte dans leur globalité. La mise en place des réseaux de collecte permet :
- la suppression des locaux à poubelle, donc une surface aménageable supérieure,
- la réhabilitation des espaces dédiés au stockage des poubelles : à Barcelone, les cafés ont installé des terrasses à proximité des bouches d’aspiration des ordures,
- l’accès au service d’enlèvement des déchets pour tous, en particulier pour les personnes à mobilité réduite qui ne peuvent pas en général accéder aux locaux à poubelles.
Tous ces avantages s’ajoutent à la réduction des coûts d’exploitation globaux qu’apporte ces réseaux.
Sia Conseil : Assurez-vous l’exploitation de vos infrastructures ? En particulier la gestion de la maintenance ainsi que les relations avec les usagers ?
Yannick Gueugnon : Envac assure la maintenance et l’assistance technique de ses installations pendant une durée déterminée. L’exploitation est en revanche généralement prise en charge par les équipes chargées de la collecte des déchets. Cela peut être indifféremment assuré par une régie ou bien par un délégataire de service. Nous avons d’ailleurs répondu à des appels d’offres conjointement avec un opérateur de la gestion des déchets.
La réduction de déchets à la source
Sia Conseil : Le gouvernement souhaite mettre en place des mesures permettant de réduire la production d’ordures ménagères. Quels sont les moyens de réduction de la production de déchets à la source avec votre système de réseaux de collecte ?
Yannick Gueugnon : La mise en place de réseaux de collecte pneumatique participe à la prise de conscience nécessaire des problèmes environnementaux. Actuellement, la gestion des déchets est associée à des nuisances sonores, olfactives et des problèmes de collecte. Les réseaux de collecte pneumatique permettent à chacun de nous de reconsidérer la problématique liée a la gestion des déchets et à mieux nous responsabiliser. Cela s’accompagne par l’utilisation du compostage individuel ainsi que toutes les initiatives envisageables pour mieux recycler.
Sia Conseil : Comment fonctionne votre système de carte d’accès personnalisé ? Proposez-vous un système d’exploitation des données ainsi collectées ? Des conseils ou incitations pour réduire la production des déchets par foyer ?
Yannick Gueugnon : ENVAC propos un système de badge individuel qui permet d’accéder aux bornes de collecte des déchets. De plus, les bornes de collecte possèdent des systèmes de mesure du volume permettant de prendre en compte des volumes supérieurs à 30 litres. Il est donc possible de comptabiliser le degré d’utilisation du réseau de collecte selon les deux paramètres suivants :
- le volume des déchets introduits,
- le nombre d’accès aux bornes de collecte.
Sia Conseil : Proposez-vous des systèmes d’information permettant de mettre en place la redevance incitative (base de données client, système de facturation) ?
Yannick Gueugnon : ENVAC fournit un système d’information spécifique permettant de suivre en temps réel l’évacuation des déchets et de gérer la relation avec les usagers : comptage de la quantité de déchets, gestion des réclamations, campagnes de sensibilisations…
Les éco quartiers
Sia Conseil : Les éco-quartiers ou quartiers nouveaux représentent un réel potentiel de développement pour toutes les entreprises travaillant dans les utilities (énergie, eau, gaz, déchets). Avez-vous déjà travaillé sur des potentiels partenariats avec des énergéticiens ou bien des fontainiers ? En particulier sur la possibilité de mutualiser les travaux réseaux, qui constituent la majorité des investissements ?
Yannick Gueugnon : Le marché Français est à construire. Pour l’instant, un seul réseau est en fonctionnement pour un quartier résidentiel en France. Le modèle commercial français n’est donc pas encore mature. Toutes les propositions intéressantes sont donc étudiées. Nous avons d’ailleurs été par le passé en contact avec des professionnels du bâtiment, des réseaux de chaleurs et d’autres encore.
Sia Conseil : Quelles sont vos perspectives de développement dans les années à venir en France ?
Yannick Gueugnon : Des projets sont à l’étude dans les quartiers de Romainville, de Vitry sur seine, de Metz ou encore d’Issy-les-Moulineaux. Cependant, La décision d’installer un réseau s’inscrit dans un très long processus de décision. Des appels d’offres seront lancés courant 2009 sur le quartier des Batignolles et les résultats du concours sur Romainville et les Lilas sont attendus.
| PARCOURS |
| Yannick Gueugnon est ingénieurs des Arts et Métiers. Il a effectué l’ensemble de son parcours professionnel dans le monde du déchet : déchets industriels spéciaux, sous-produits des stations d’épuration et déchets ménagers. Depuis 5 ans, il a démarré l’activité d’Envac en France. |
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Et quid des consommations électriques des compresseurs?
Une comparaison avec la consommation d’énergie d’une collecte par camions serait appréciable !!
“Écologique”?
Cela semble:
- un frein au tri sélectif (plus difficile à mettre en place)
- une incitation à la production de déchets (plus facilement jetables)
- avoir une empreinte écologique potentiellement plus grande (à étudier. Mais il faut construire un réseau supplémentaire au lieu de réutiliser le réseau routier existant, et opérer de gros compresseurs)
Bref, cet argument semble assez fallacieux. D’ailleurs je n’en ai pas trouvé de très pertinents dans cette interview…
Voici la réponse de Yannick Gueugnon au commentaire de Thibaut :
Bonjour,
La consommation électrique dépendra de la nature même de l’installation et du réseau. Il nous est donc impossible de donner un chiffre sans faire référence à un projet particulier. Il est plus opportun de réaliser un bilan CO2 complet du système, en comparant :
- d’une part, la collecte classique des déchets : mise en place de bacs ou containers souterrains, passage d’un camion sur zone, trajet de ce camion pour venir de son dépôt, collecter puis aller décharger et revenir sur zone ou à son dépôt.
- d’autre part, la collecte automatisée : consommation énergétique lié à la mise en place du réseau et à son fonctionnement, évacuation des déchets vers le centre de traitement, trajet depuis le dépôt, trajet de déchargement et retour au dépôt.
Les bilans que nous avons pu établir jusqu’alors sont favorables à la collecte automatisée dans le cas de la France et de son mix énergétique. Le bilan est encore meilleur si l’on prend une source d’énergie électrique provenant d’énergies renouvelables.
En réponse à Eve :
La collecte des déchets ménagers a connu très peu d’évolutions technologiques depuis de nombreuses années. Les réticences au changement sont donc légitimes. Cependant, il convient d’apporter quelques précisions :
- Les réseaux de collecte pneumatique permettent la mise en place du tri sélectif. De plus, en assurant une collecte 7J/7, les usagers ne seront pas tentés de mettre toutes leurs ordures dans le bac à ordures ménagères. cela devrait donc favoriser le tri.
- La production de déchets dépend essentiellement de la consommation des ménages. Faciliter la collecte des déchet grâce à un réseau de collecte pneumatique ne devrait pas affecter le comportement des usagers. Votre raisonnement conduirait à dire que finalement, le meilleur moyen de ne plus avoir de déchets serait de ne plus proposer de service d’enlèvement des ordures ménagères (moins facilement jetable). Faciliter la collecte des déchets permet en réalité de s’assurer qu’aucun déchet n’est abandonné dans la nature.
- Enfin, les réseaux de collecte pneumatique ne peuvent pas être installés dans n’importe quel milieu. Ils ne sont envisageables que dans un environnement urbain dans lequel leur installation est rentable aussi bien au niveau économique qu’écologique.
Encore une fois, la mise en place de cette innovation technologique en France devra faire l’objet d’une forte communication afin de familiariser les usagers avec ce nouveau mode de collecte. Ce défi a déjà été relevé dans
de nombreux pays avec succès.
Sia Conseil