Quel avenir pour les centrales électriques au charbon ?

centrale charbon Une production mondiale en forte croissance et des technologies en cours de développement, destinées à  répondre au challenge de la réduction des émissions de CO2, laissent présager un avenir prometteur pour le charbon dans les prochaines décennies.

Après avoir analysé l’actuel renouveau du charbon dans des articles de ce blog (Le charbon:rapide état des lieux sur la deuxième source d’énergie mondiale, Vers un retour du charbon vapeur pour la production d’énergie), nous posons à  présent la question de la place du charbon pour la future production d’électricité, face à  une demande en constante augmentation.

La demande croissante d’énergie va permettre au charbon vapeur de rester une source d’énergie indispensable pour l’avenir

La demande globale d’électricité devrait doubler dans les vingt-cinq prochaines années de 14376 TWh en 2004 à  28093 TWh en 2030. Cette dernière augmenterait trois fois plus vite dans les pays en développement que dans les pays de l’OCDE (Cf. graphique ci-dessous).

demande regions scenrio AIE

L’Inde enregistrera la plus forte progression de la demande avec 5,4% en moyenne par an entre 2004-2030, suivi de la Chine avec 4,9%. De plus, entre 2004 et 2015, cette dernière verra sa demande évoluer à  un taux de croissance annuel moyen de 7,6%, résultat nettement supérieur à  la moyenne mondiale mais cependant inférieur aux 12% de croissance observées sur les cinq dernières années.

Pour répondre à  cette forte croissance de la demande, la production d’électricité devrait également doubler passant de 17400 TWh en 2004 à  33800 TWh en 20301. Selon le scénario de référence de l’AIE, la part du charbon dans la production totale d’électricité passerait alors de 40% en 2004 à  44% en 2030 tandis que celle du gaz ne progresserait que de 20 à  23%. Quant aux énergies renouvelables (hors hydraulique), elles continueront à  rendre leur part de plus en plus significative sur ce marché passant de 2 à  7% entre 2004 et 2030, alors que le nucléaire voit sa part diminuer de 16 à  10% sur cette même période.

aungmentation prod elec scenario AIE

Focalisons-nous à  présent sur l’évolution de la demande de charbon par zone géographique, l’objectif étant à  présent de constater qu’elle sera particulièrement importante dans la zone asiatique.

Prospectives de l’économie charbonnière : l’importance de la Chine et de l’Inde

La demande globale de charbon devrait progresser en moyenne de 1,8% par an entre 2004 et 2030. Les perspectives concernant l’utilisation du charbon ont été revues à  la hausse par rapport aux résultats du WEO 2005 (+19%), car les prix du charbon devraient rester nettement inférieurs à  ceux du gaz naturel, le principal concurrent du charbon, particulièrement dans le secteur électrique. La croissance de la demande globale reste cependant inférieure à  la croissance des cinq dernières années, où elle a dépassé les 5% par an.
Cependant, les perspectives d’évolution de la demande de charbon diffèrent selon les zones géographiques. La plus forte progression de la demande proviendrait de l’Asie et en particulier de la Chine et de l’Inde où les ressources en charbon sont abondantes. En effet, la Chine et l’Inde jouent un rôle majeur puisqu’elles contribueront aux trois quart de l’augmentation de production mondiale, évaluée à  3300 Mt supplémentaires en 2030 par rapport à  2004. Concernant la demande, ces deux pays représenteront à  eux deux 78% de l’accroissement mondial entre 2004 et 2030 et verront leur demande augmenter respectivement de 2,8% et 3,3% en moyenne par an sur cette même période de projection. . L’Australie, l’Indonésie, l’Afrique du Sud et la Colombie devraient aussi augmenter significativement leur production afin de répondre aux besoins domestiques d’une part et pour profiter d’une demande internationale croissante d’autre part.
Dans les trois régions de l’OCDE, la demande de charbon progresse bien plus lentement. Le système européen d’échange de quotas d’émission de gaz à  effet de serre mis en place en 2005 devrait contribuer au déclin de la demande de charbon dans l’Union Européenne, même si les très faibles cours actuels du carbone incitent les énergéticiens à  prolonger la durée de vie de leurs centrales au charbon et à  y investir2.

La production d’électricité devrait compter à  elle seule pour81% de l’augmentation de la demande de charbon à  l’horizon 2030. Ainsi, la part du secteur électrique dans la demande globale de charbon croîtrait de 68% en 2004 à  73% en 2030. On constate donc un décalage dans l’évolution de la production par type de charbon, reflétant la demande future, les coûts de production et les différences en termes de disponibilités locales. En effet, la production de charbon vapeur augmente beaucoup plus rapidement, et enregistre la plus forte progression, +70% entre 2004 et 2030 contre +25% pour le charbon à  coke et +45% pour le lignite.

production globale scharbon scenario

Ainsi, les besoins en investissement de l’industrie charbonnière pour les vingt-cinq prochaines années s’élèvent à  563 milliards de dollars dans le scénario de référence de l’AIE. Les constructeurs de centrales (Alstom, GE, Siemens) ont annoncé que plus de 40% de leurs commandes mondiales pour des centrales à  construire dans la prochaine décennie concernaient des centrales au charbon.
Cependant, tandis que l’efficacité et la propreté des centrales au charbon s’améliorent, le charbon reste le carburant fossile le plus polluant. La question de la lutte contre le réchauffement climatique se faisant de plus en plus pressante, le charbon n’est donc tout simplement pas la solution, estiment les écologistes. L’avenir du charbon est donc fortement lié à  la volonté de réduire les émissions de gaz à  effet de serre, et à  l’avancée des techniques de captage et de stockage du CO2.

Quelles sont les solutions pour améliorer la performance environnementale ?

Contrairement à  ce que nous pourrions croire en France, les technologies du charbon sont actuellement en pleine mutation. D’importants progrès ont déjà  été effectués pour améliorer les rendements énergétiques des centrales à  charbon afin de diminuer leurs rejets à  court terme. Parmi les centrales thermiques opérationnelles aujourd’hui, on peut en distinguer deux types : la combustion de combustible pulvérisé et la combustion par lit fluidisé. Afin d’augmenter le rendement, la flexibilité et réduire de plus en plus les émissions, de nouvelles technologies de centrales sont actuellement en développement :

  • Cycle combiné à  gazéification intégrée (IGCC3) : Ce procédé qui consiste en une transformation des combustibles fossiles solides ou liquides en combustible gazeux, est mis en œuvre dans le monde entier dans un certain nombre de centrales de démonstration, atteint un rendement de 43% mais pourra parvenir à  terme à  53%. Un manque de compétitivité et de fiabilité empêche actuellement une réelle percée commerciale.
  • Combustion du charbon pulvérisé sous pression : Le charbon brûlé à  haute température (1250°C), sous pression d’environ 16 bars, permettrait d’atteindre un rendement supérieur à  50%. Cependant cette technologie impose de très fortes contraintes sur les turbines, notamment en terme de résistance des matériaux et de corrosion.
  • Combustion à  lit fluidisé sous pression : Ce concept offre la possibilité d’utiliser du charbon fossile directement dans la turbine à  gaz sans passer par l’étape intermédiaire de la gazéification, fonctionne avec un rendement de 40%. Avec un potentiel de rendement limité et un manque de fiabilité, ce procédé n’a pas obtenu de réel succès.
  • Procédés hybrides : Avec la technologie IGCC
    3, l’utilisation d’une pile à  combustible peut être envisageable et permettrait d’atteindre des rendements de l’ordre de 70%, mais il faudra attendre une vingtaine d’années.


Le captage et stockage du CO2 apparaît être une deuxième solution, mais ou en est-on réellement ?

La séquestration du CO2 est une nouvelle technologie qui permet de capturer les émissions pour ensuite les stocker. Avant de pouvoir séquestrer le CO2, il faut pouvoir le séparer du reste du gaz. Aujourd’hui, on dénombre trois techniques de capture du CO2 :

  • La séparation post-combustion a pour objectif d’extraire le CO2 dilué dans les fumées de combustion. Il s’agit de la seule bien développée et testée dans une douzaine d’usines dans le monde.
  • La séparation pré-combustion permet de capter le carbone avant combustion, lors du processus de fabrication du combustible. Ce type d’extraction est déjà  utilisée dans les industries chimiques mais beaucoup moins dans le secteur électrique car la quantité d’énergie nécessaire est trop importante.
  • L’oxy-combustion n’est pas à  proprement parler une capture du CO2. Il s’agit en réalité de produire une fumée concentrée à  90% de CO2 en réalisant une combustion à  l’oxygène pur. « L’inconvénient est que les méthodes actuelles destinées à  produire de grandes quantités d’oxygène très pur sont coûteuses, aussi bien en termes de frais d’investissement que de consommation d’énergie. »5

Après la capture, le CO2 doit tout d’abord subir quelques transformations (désulfurisation, déshydratation, compression) pour être ensuite transporté vers une zone de stockage . Parmi les solutions de stockage6, on distingue (1) le stockage géologique qui concerne les réserves abandonnées de pétrole et de gaz naturel, les aquifères salins et les veines de charbon non exploitables7; (2) le stockage non géologique c’est-à -dire l’utilisation des fonds marins8 .

Ainsi il apparaît que le développement des composantes des systèmes CCS (Carbon Capture and Storage) est sans aucun doute l’enjeu le plus important pour l’avenir de l’industrie du charbon. « Seules quelques unes d’entre elles sont sur un marché parvenu à  maturité; beaucoup sont encore au stade de la recherche ou des essais et certaines sont viables économiquement sous certaines conditions. Pourtant, même si l’objectif est la maîtrise de la technologie, il est également important de trouver des moyens économiques de transférer ces technologies si nécessaires. »

recap cout techno CCS

Quel est l’avenir du charbon ? Cela va dépendre des décisions politiques et des percées technologiques dans les années à  venir; mais quoi qu’il arrive, le charbon va rester un combustible majeur pour la production d’électricité, au moins pendant toute la première moitié du XXIème siècle.

Sia Conseil

Notes :
(1) Résultats du scénario de référence de l’AIE dans le WEO 2006.
(2) http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/42358.htm
(3) Integrated Gasification Combined Cycle
(4) Extrait de « Charbon propre : mythe ou réalité », Groupe de travail sur le charbon du délégué interministériel au développement durable, 2006.
(5) Le transport est réalisé le plus souvent, sous haute pression dans des pipelines ou par voie maritime, une autre solution qui s’avère plus économique dans certains cas.
(6) La capacité de stockage souterrain totale est évaluée à  environ 2000 Gt de CO2.
(7) Cette solution ne semble pas retenue en raison des dangers pour l’écosystème sous-marin.
(8) Extrait de « Charbon propre : mythe ou réalité », Groupe de travail sur le charbon du délégué interministériel au développement durable, 2006.

Sources :
AIE
GGIEC
« Charbon propre : mythe ou réalité », Groupe de travail sur le charbon du délégué interministériel au développement durable, 2006
L’avenir du charbon propre : Philippe de Ladoucette, Président des Charbonnages de France

Articles dans : Articles, Charbon, Electricité

8 Commentaires to “Quel avenir pour les centrales électriques au charbon ?”

  1. BEM dit :

    Effectivement les solutions technologiques semblent émerger pour rendre la production d’électricité à  partir du charbon moins polluante. Mais il reste à  déterminer leur coût. Les pays émergents investiront t-ils dans des moyens de production plus propres mais aussi beaucoup plus chers alors que leur demande énergétique explose ?

  2. JCA dit :

    Les centrales au charbon sont au coeur du débat sur l’énergie en Allemagne :

    Berlin : Vattenfall planifie la construction d’une nouvelle centrale électrique au charbon

    Le fournisseur d’énergie Vattenfall prévoit d’ici 2012 la mise en service d’une centrale thermique à  houille à  Berlin, dans le quartier Lichtenberg. Avec probablement une capacité de 800MW de production électrique et de 600MW de production de chaleur, la centrale serait, dans la ville, la plus puissante et la plus fortement émettrice de gaz à  effet de serre.[...]

    Selon M. Cramer, la ville se prête peu à  l’utilisation des énergies renouvelables : une température du sol relativement faible, un soleil moins présent que dans le sud du pays, un vent moins fort que sur les côtes. Berlin dispose en revanche du plus gros réseau de chaleur d’Europe, dans lequel il est possible d’injecter la chaleur issue de la production d’électricité des centrales, à  condition que celles-ci soient implantées à  proximité de la ville. Par ailleurs, il est prévu que la nouvelle installation de Vattenfall soit construite de manière à  pouvoir y adapter ultérieurement un système de capture puis de séquestration du CO2. Il convient de préciser que cette technologie ne sera probablement pas disponible à  l’échelle industrielle avant une quinzaine d’années.

    Bulletin de veille technologique de l’ambassade de France en Allemagne du 04/05/2007
    http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/42623.htm

  3. RLA dit :

    Dans cette course à  la production d’énergie non polluante à  base de charbon, les états Unis ont lancé le projet FutureGen avec notamment la coopération de la chine et de l’inde. Cette initiative publique-privée à  pour objectif de concevoir la première centrale électrique à  charbon qui capture et enlève les émissions de dioxyde de carbone. La mise en service de cette centrale est prévue pour 2012.
    http://www.futuregenalliance.org/

  4. [...] Les émissions de dioxyde de carbone (CO2) : elles sont un des principaux gaz à  effet de serre, ont augmenté dans le monde de façon alarmante entre 2000 et 2004, à  un rythme trois fois supérieur à  celui des années 1990, selon une étude scientifique américaine publiée lundi. Parallèlement, aucun signe de progrès n’est enregistré dans la gestion de ces émissions tant dans les pays développés que dans les pays en développement. A cet égard et malgré quelques avancées technologiques allant dans le bon sens, la production d’électricité avec les centrales au charbon a encore de beaux jours selon les experts pour répondre à  une demande en constante augmentation. [...]

  5. Jean V..... dit :

    Ici dans la nièvre, depuis le 12 aout 2006
    Malgré le débat sur le réchauffement climatique et le protocole de Kyoto
    Deux sociétés ont déposer un dossier en vue d’ouvrir sur les communes de Lucenay les Aix et Cossaye une mine de charbon avec sur le site une centrale thermique.
    Ce projet est soutenu par les élus socialistes et communistes locaux en dépit d’un rapport alarmiste réalisé par SOFREMINES mais non publié à  ce jour.
    Pour exemple, vous pouvez consulter le blog du député socialiste Christian Paul : http://www.christianpaul2007.fr/spip.php?article17
    En effet le fameux rapport SOFREMINES établit en 2003 à  la demande du conseil régional et toujours pas rendu public, que dit-il, quelques extraits du résumé qu’il est déjà  difficile de se procurer.
    Mine à  ciel ouvert
    « Ce projet est non acceptable du point de vue de l’environnement »
    à„ mine souterraine

    - « méthode de foudroyage ou sous-cavage : écartée à  cause du risque de feu
    - méthode de longue taille foudroyée avec soutènement marchant : ne peut être adaptée à  ce gisement car :
    trop morcelé
    sécurité (risque de feu)
    niveaux d’investissements importants et risques financiers liés au risque de feu
    méthode des chambres et piliers : + coûteuse à  la tonne produite. Seulement 25 à  65% de la veine exploitée est ainsi récupérée »
    à„ mine souterraine par chambres et piliers
    « Permet de récupérer 25 M t de charbon soit 10% de la ressource géologique. »
    Autres caractéristiques minières
    à„ « présence de méthane (une mine souterraine traditionnelle sera forcément grisouteuse) »
    A noter que dans ce dernier cas l’expression qui convient est : piller le gisement pour en récupérer……….10%.
    A quand la publication complète du rapport réalisé avec l’argent du contribuable ?
    Dans cette affaire les habitants du site ont été manipulés !
    Les a t-on informer seulement de l’existence de ce rapport ?
    La réponse est non.
    Les élus socialistes qui ont soutenu ce projet de mine devront rendre des comptes à  la population.

    Pour plus d’information consulter le site : http://www.adsn58.fr/
    L’ADSN (Association de Défense du Sud Nivernais) est le fruit d’un collectif de riverains motivés pour lutter contre l’implantation d’une mine de charbon et la création d’une centrale thermique au charbon
    N’hésitez pas à  consulter et vous exprimer sur le blog consacré à  ce sujet : http://veriteminecharbon.unblog.fr/

  6. Filiz dit :

    Quel est le pays d’Europe le plus et le moins polluant ?

  7. CLO dit :

    Les Etats-Unis gardent le plus mauvais rôle depuis le rejet du protocole de Kyoto, cependant depuis quelques mois la Chine apparaît comme la bête noire de l’environnement.

    Parallèlement, l’Islande, la Norvège et la Nouvelle-Zélande font partie des pays les moins pollueurs. Globalement, les pays africains et d’Amérique du Sud sont ceux qui émettent le moins de gaz à  effet de serre conséquence d’une industrie peu développée.

    Pour obtenir des données chiffrées sur ce sujet, lire l’article suivant : http://energie.sia-conseil.com/?p=485

  8. Damien dit :

    Les réserves prouvées de charbon sont passées de 227 à  144 années de production entre 1999 et 2005, soit une diminution de durée de 83 ans (- 36 %) en six ans.

    De 1999 à  2005, les réserves ont diminué quatre fois plus vite que la production cumulée des six années. La diminution est due pour la plus grande partie à  une meilleure évaluation des réserves.

    Les réserves de charbon n’ont pas augmenté malgré un prix qui a doublé entre 1999 et 2005, comme le voudrait une théorie économique simpliste selon laquelle “les réserves augmentent avec les prix”. Au contraire, le nombre de tonnes des réserves dites “prouvées” a diminué de 14 %.

    Lire ici : Brusque fin du charbon en 2075 ou 2048 ?

    En réalité, la production de charbon passera par un maximum vers 2030, avec une production proche de 8.000 millions de tonnes par an, puis entrera en déclin.

    Voir aussi : Coal : resources and future production Rapport sur le charbon : les ressources et la production future (en anglais)

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